1- Alors qui est qui, qui fait quoi au sein du groupe, " Cria Cuervos " pourquoi ? Cria Cuervos : Nous formons un trio. Thé : batterie , Isabelle : guitare et
chant, qui écrit plutôt les textes en espagnol et anglais, Géraldine : basse et chant,
écrit les textes en français. Nous composons les musiques ensemble.
Cria Cuervos vient d'un dicton espagnol "Cria Cuervos y te sacaran los ojos ", qui
signifie " élève des corbeaux et ils t'arracheront les yeux ". C'est aussi un film de
Carlos Saura (Réalisateur espagnol) qui aborde le thème de l'éducation bourgeoise
et stricte.
2- On dit que vous êtes les Dead Kennedy's ou Kortatu au féminin : musicalement
ou pour l'engagement ? CC : C'est une façon de parler. Ce sont des groupes qui nous inspirent à la
fois musicalement et pour leur engagement. On ne détaillera pas plus dans cette
question puisque d'autres plus loin évoquent la musique " militante ". Un groupe
qui a quelque chose à dire c'est important et toujours plus intéressant, selon nous,
qu'un groupe qui ne transmet aucun message, et parle seulement de la pluie et du
beau temps. Il y a tellement de sujets qui ont besoin d'être abordés : le fascisme,
le racisme, bien entendu, mais aussi le sexisme, qui est présent un peu partout,
de façon plus sournoise (pub, médias, cinéma ...) et donc plus dangereuse, et
aussi le végétarisme, qui ne sensibilise pas systématiquement les militants
anti-raciste / fasciste, ce qui nous semble contradictoire avec l'idée de
respect de l'autre, et d'égalité qu'ils prônent. Respecter " l'autre " veut
dire aussi respecter les autres animaux.
3- Vous êtes issues de groupes différents : Kochise, Ahorcados. Former un
groupe essentiellement féminin, est-ce un choix ou cela s'est fait comme çà ? Géraldine : Nous formons même un groupe exclusivement féminin. Pour ma
part, c'est un choix et je crois que c'est pareil pour toutes les trois. Cela
s'est fait parce qu'on s'appréciait déjà avant en tant qu'individus tout en
sachant qu'on avait des idées très proches. Sinon je joue dans deux autres groupes,
Kochise et Turtle Ramblers. Jouer avec Thé et Isa c'était aussi pour faire un groupe
féminin, c'est aussi différent du point de vue du rapport que l'on a ensemble, de
celui aussi de la vision qu'en a l'extérieur, mais çà vient du fait que le monde de
l'art est masculin, on en parlera plus tard. Et puis aussi, on s'aime ! Thé : On est sur la même longueur d'ondes, on se comprend mieux, et aussi
on se motive les unes les autres. Isa : Personnellement j'ai déjà donné dans l'experience musicale mixte
et franchement je n'aurais rejoué qu'avec une formation comme celle de CRIA CUERVOS,
non pas seulement parcequ'elle est exclusivement féminine mais surtout parcequ'avec
Géraldine et Thé.
4- Pourquoi le choix de chanter dans plusieurs langues ? CC : Une façon de dire qu'en tous cas dans nos têtes nous n'avons pas de
frontières. De plus, Géraldine a toujours écrit en français dans Kochise
(tout simplement car c'est la langue qui lui est la plus naturelle pour écrire)
et Isa écrivait en français et espagnol (ses deux langues), dans Cria Cuervos,
elle écrit aussi en anglais, elle le parle également couramment (et c'est un choix
de notre part).
5- Le groupe est assez récent, vous avez sorti un CD 4 titres, est-ce juste
pour marquer le coup ou y'aura t-il une sortie ? CC : On a commencé à répéter ensemble en mai 1999 et on a enregistré une
démo 4 titres au cours de l'été suivant, avec un 4 pistes dans notre local de
répètes. Mais on entre en studio en août 2000 pour enregistrer un CD/LP 8 titres,
qui sortira à la rentrée.
6- On dit souvent que la scène Punk HxC féminine est plutôt rare, est-ce vrai ? CC : Cela dépend du pays. En France, effectivement elle est quasi inexistante,
mais aux Etats-Unis, par contre, les groupes Punk ou HC féminins sont beaucoup
plus nombreux. Il y a par exemple les groupes de " Riot Girls " qui parfois jouent
dans des concerts non mixtes femmes. D'une manière générale les groupes féminins
sont plus nombreux dans les pays anglo-saxons.
Mais ce n'est pas seulement dans la scène punk HC que les femmes sont rares, mais
dans tous les milieux musicaux. Ou si, on peut se rendre compte que dans les
orchestres classiques, il y a pas mal de femmes, seulement, elles ne sont que
rarement sur le devant de la scène. Qui plus est, dans l'art en général, les femmes
sont reléguées au sous-sol. Il y a eu des femmes poètes, écrivains, peintres,
chanteuses, musiciennes, compositrices, seulement la reconnaissance de leur talent
ne rentrait pas dans l'histoire et n'y entre toujours pas. L'art est le produit
d'une culture et en même temps il l'influence. Cette culture est aussi le reflet
d'une société qui est toujours, ne l'oublions pas, patriarcale…
7- Avez-vous de bons contacts avec vos camarades Punk-HxC ? CC : On ne peut pas en faire une généralité. Il y a des groupes qu'on
estime que ce soit en France où à l'étranger, pour leur démarche et les individus
qui composent le groupe. On ne va pas les citer parce qu'on en oublierait et de plus
finalement, à toutes les trois, ça ferait pas mal de monde… Mais il y a sûrement
autant de groupes dans le punk HxC qu'on a pas envie de connaître voir avec qui on a
pas spécialement de bons contacts. A commencer par les groupes punk HxC qui revendiquent
leur apolitisme, ce qui est louche, parce que revendiquer ça, c'est déjà une manière
de faire de la politique (est-ce que Céline Dion se dit apolitique ?) et en général,
ça penche pas souvent du bon côté. Il y a aussi ceux, et souvent c'est les mêmes,
qui revendiquent leur unique intérêt pour la bière, les meufs, la fête, ce qui se
retrouve dans des textes à chier (d'après nous) et une démarche de merde.
Il y a ceux qui mettent une petite dose de politique dans leur paroles (sûrement
à propos de la condition des femmes), mais seulement comme opportunisme pour acquérir
un certain public. On s'en rend compte quand on les rencontre…
A dire vrai, on ne cherche pas spécialement à avoir des contacts dans un seul milieu,
les rencontres que l'on fait se font plutôt par les luttes dans lesquelles on peut
évoluer ou par hasard bien-sûr.
8- Quels sont pour vous les meilleurs groupes d'hier et d'aujourd'hui ? Géraldine : Je vais en rester à une certaine musique, sinon je serais
obligée de te citer Edith Piaf et Fréhel, d'ailleurs, c'est fait. Conflict,
CRASS, Bérurier Noir, Kortatu, Dead Kennedy's, Assassin, Inner Terrestrial, Abba. Thé : Dans l'ensemble les mêmes je rajouterai RIP, Cicatriz, et pour les groupes
actuels, il y a en particulier Good Riddance, qui ont une bonne mentalité et un bon
engagement, et ils sont très bons musicalement. Isa : Beaucoup de groupes américains comme les premiers Bad Religion,
excellents !, Avail aussi , les textes de Strung Out valent le détour…
9- Vous ne parlez pas simplement du sexisme, mais de toutes les conneries
humaines comme le racisme, fascisme, la cause animale, pourquoi ce choix d'un
rock militant ? CC : Parce que nous sommes des personnes vivant en société et, en tant que
telles, ne pouvons pas rester indifférentes à ce qui nous entoure. Ou si pourquoi pas,
on pourrait chanter des chansons débiles qui parlent de notre dernière cuite,
ou parler du grand amour, ou tout simplement suivre ce que nous dicte nos multiples
écrans… A dire vrai, ce serait un peu trop se regarder le nombril… Nous sommes
engagées, parce que le modèle de société dans lequel nous évoluons ne nous convient
pas, parce que nous sommes loin d'être libres et encore moins en tant que femmes,
parce que l'être humain est un animal prétentieux qui veut tout dominer et par la
même rendre toute la nature esclave et se rend lui même esclave de sa propre nature.
Un rock militant, parce que c'est une nécessité de transmettre et partager nos
points de vue et revendications, pas seulement pour contester, ce qui serait vain
à la longue, mais contester pour transformer.
10- Bon, laissons le rock de côté quelques instants. On parle beaucoup de parité
hommes-femmes au sein de la politique, qu 'en pensez-vous ? CC : De la part des partis, c'est de la pure tactique électorale,
puisque les femmes représentent à peu près la moitié de la population. Alors que
jusqu'à maintenant, que ce soit dans les partis politiques ou les mouvements
syndicalistes traditionnels, les femmes étaient cantonnées à des postes subalternes
(comme dans la vie sociale d'ailleurs), subitement, certaines sont propulsées,
par leurs camarades masculins par ailleurs, têtes de listes électorales ! ! Les
femmes n'ont obtenu le droit de vote en France qu'en 1945, après de nombreuses luttes.
Avant on les considérait comme immatures pour pouvoir s'occuper des affaires de la
vie publique, leur domaine se situant dans la sphère privée dit-on. Pense-t-on
vraiment que ça a fondamentalement changé aujourd'hui ? La libération des femmes
ne peut être que totale. La parité est une réforme superficielle, mais allez, on
attend de voir…
11- Il y'a une association de femmes qui s'agite sur Paris : " les chiennes
de garde ", dont le but est de défendre les femmes célèbres dans la politique
ou le milieu du spectacle en organisant des manifs dès qu'une de ces femmes se
fait insulter, que pensez-vous de ce combat ? CC : C'est sûrement pour que le sujet soit médiatisé et donc pour avoir
une portée. Après, les femmes célèbres ont tout de même l'espace pour pouvoir
réagir elle même aux insultes. Nous devons être solidaires ensembles faces aux
insultes et violences que peut subir toute femme et combattre ceux qui les engendrent.
12- Autrement, dans la chanson " Trêve de comptoir " vous parlez d'une
femme serveuse qui subit les humiliations de bons beaufs sexistes, est-ce du
vécu et à partir de quel moment pensez-vous qu'une femme est insultée ? Géraldine : ce n'est pas du vécu de l'une d'entre nous, bien que dans un
cadre bénévole j'ai été confrontée de nombreuses fois à des beaufs bourrés piliers
de comptoir, mais rien à voir avec des contextes de bar que j'ai pu observer, où
les serveuses doivent endurer les sarcasmes des beaufs, la paye…
Une femme est insultée dès qu'elle subit des sarcasmes concernant son sexe, parce
qu'elle est une femme. Thé : Chacune peut se sentir insultée de manières différentes. Çà peut-être
en surprenant des regards insistants et déplacés vers des parties bien spécifiques
de notre corps, ou bien des interpellations directes dans la rue du genre
" Bonjour mademoiselle " (comme si on disait bonjour à tous les mecs qu'on voyait
dans la rue), ou encore " Charmante ", ou " vous allez où comme çà ". Ces
remarques n'existent que parce qu'on est des femmes. Des fois c'est carrément
plus salace, et vraiment répugnant. Je pense qu'il faut être une femme pour bien
savoir ce que çà fait d'entendre ce genre de réflexions. La première fois çà peut
passer, mais au bout de la énième, çà devient très chiant.
13- Avez-vous vous-mêmes subit sur scène des actes sexistes, si oui, quelles sont
vos réactions ? Géraldine : Pas sur scène, toutefois, lorsque l'on commence à évoquer le
thème de l'exploitation du corps de la femme ou des violences que les femmes subissent,
en introduisant une chanson par exemple c'est là qu'on entend le plus de commentaires,
ou des mecs qui ricanent. Il y a aussi les réactions paternalistes : on est des filles,
donc évidemment on n'y connaît rien dans le matos…, ça aussi c'est insupportable…
Après, comparé à ce que l'on peut endurer dans la rue en tant que femme, les concerts,
sont plutôt un endroit privilégié, bien qu'un jour j'ai commencé à me battre avec un
mec qui m'avait mis la main au cul dans un concert…
14- Revenons à la scène rock, beaucoup de cafés concert ne passent plus que du
ska, reggae, car çà ramène du fric, les festivals punk se font de plus en plus
rares, quel avenir pour le punk rock ? CC : Le punk rock engagé n'a pas à se faire de souci pour son avenir,
car en général il se donne les moyens de son action. Le punk rock qui ne pose
pas de questions et qui attend que tout vienne sur un plateau, lui a du souci à se faire…
15- On ne vous voit pas trop dans nos régions, est-ce à cause de ce que je disais
avant ou alors travaillez-vous, ou études donc manque de disponibilités ? CC : Oui on travaille et on fait des études, mais quand on veut se donner
les moyens de quelque chose, on peut y arriver. Non, c'est tout simplement que çà
fait juste un an qu'on existe et donc pour l'instant, notre principal souci était
de composer, mais , A BIENTOT !…
16 - Cris de joie, coup de gueule, A vous la parole CC : Have a break, Have a fight !
CONTACT :
CRIA CUERVOS
C /o Thé. MOYA
3, allée des cytises
91100 Corbeil-Essonnes
France